Regard actuel sur les archives ecclésiastiques et le patrimoine de nos églises
Cette année, le diocèse de Nîmes est chargé de préparer la journée d'étude et de réflexion des archivistes de l'arc méditerranéen auquel se joint le comité de l'art chrétien, qui, avec des intervenants régionaux et nationaux, aura pour sujet « Regard actuel sur les archives ecclésiastiques et le patrimoine de nos églises. »
Mercredi 13 juin 2012 Maison diocésaine, à Nîmes Participation sur inscription au 06 81 61 35 34
 Qu'entend-on par "patrimoine de nos églises" ? > les archives papier (archives paroissiales, archives ecclésiastiques, archives diocésains, archives des congrégations religieuses, etc.) > les objets (orfèvreries, tableaux, chemin croix, reliquaires, etc..), > les textiles (vêtements liturgiques, nappes…), etc. Programme et intervenants
09 h - 9 h 25 : accueil – présentation de la journée 09 h 30 – 10 h 30 : Intervention de M. Bernard, conservateur national pour l'orfèvrerie et le mobilier des églises, chapelles, etc… ; il présentera aussi l'ouvrage que ses services viennent de publier dans ce domaine 11 H – 12 h : Intervention de Mme Pagnon pour les textiles et son rôle de chercheur dans ce domaine au niveau de la région et son ouvrage en cours sur son étude dans les églises de la ville de Nîmes (à paraître en septembre 2012) ; - 14 h – 15 h : Intervention de Mme Reboul paléographe de l'université Vauban de Nîmes ; elle présentera aussi l'ouvrage de son association 15 h 15 – 16 h 15 : Intervention de Mme Pontier directrice des archives départementales du Gard.
M. Bouis (président de l'association des archivistes de l'Eglise de France) et Mme Perpezon (vice présidente) feront à l'issue de la journée un point de l'actualité nationale et provinciale, de l'avancée de divers projets relatifs aux archives ecclésiastiques.
PISTE DE REFLEXIONS AUTOUR DES ARCHIVES PAROISSIALES I. Un contexte culturel provocateur. 1 - L’Eglise et sa tradition renvoyée aux coulisses de l’histoire ? Le contexte général de sécularisation, voire de laïcisation prononcée a tendance à renvoyer dans les coulisses de l’histoire la trace de l’Eglise catholique alors même qu’on fait place un peu partout au renouveau du sentiment religieux. La culture religieuse acquise par les générations précédentes s’évapore au point que l’Université et le corps enseignant s’émeuvent de cette carence. 2 - Des archives, pour quoi faire ?En négligeant ses propres archives à commencer par celles issues des paroisses, des services et des mouvements - l’Eglise se dessert elle-même. Elle se prive d’un élément qui peut servir d’interface dans ses échanges avec la société actuelle. L’Eglise catholique est sans doute le corps social qui tient un record de longévité, transmettant un héritage que nos contemporains sont en droit de connaître. Pour pouvoir s’expliquer sur son originalité, elle doit garder les traces de son passé. Au milieu du monde, l’Eglise tient une spécificité : celle d’être une religion qui « présente » un Dieu vivant, incarné et ressuscité, en « valeur ajoutée » à l’histoire : réalité difficilement recevable dans le contexte actuel. 3 - Rendre compte : une exigence de l’évangélisation. L’Eglise incarne - tant bien que mal - au fil des époques, la Parole qui la meut depuis les origines. Pratiquement, elle ne peut se dispenser de conserver et transmettre avec discernement des documents, des informations pour assurer son témoignage. Elle se doit de « rendre compte de l’espérance » qui l’habite et, pour cela, il lui faut relire les chemins empruntés par les chrétiens qui ont inscrit leur foi dans l’histoire. Pour transmettre sa propre tradition, cette relecture est nécessaire, elle l’est tout autant pour le dialogue de l’Eglise avec la société. Rendre compte est une tâche fondamentale, car l’Eglise n’est pas une société secrète. Rendre compte aux chrétiens de leurs propres parcours, de leurs traditions et de leurs avatars. Rendre compte aussi à ceux qui se tiennent à distance de l’Eglise et la questionnent sur la place et les rôles qu’elle a tenus dans l’histoire. 4 - Ne pas déserter le champ de l’interprétation Au-delà de la conservation des documents, il s’agira de les valoriser en aidant à leur interprétation. Il est en effet nécessaire de restituer un contexte pour donner sens au document brut. L’Eglise a droit à la parole sur son propre dépôt. Cet accompagnement dans l’interprétation est parfois exercé par d’autres instances à vocation plus patrimoniale qu’ecclésiale. II est difficile de demander à l’échelon paroissial de remplir une telle fonction. Cet aspect de la tâche plaide en faveur d’un service diocésain des archives historiques. Toute cette approche fait partie de la communication de l’Eglise, comme acteur culturel à part entière. L’Eglise ne peut oublier qu’elle est une institution confessante qui s’appuie sur les Ecritures et la Tradition. Au travers de l’interprétation, le témoignage de la foi pourra trouver son chemin. Cellules de base de la vie ecclésiale, les paroisses se révèlent les lieux potentiellement les plus riches, et pratiquement les plus vulnérables en ce qui concerne les archives II - Les archives paroissiales 1 - La mutation du tissu paroissial Le nouveau maillage du territoire :Aucun diocèse n’échappe aujourd’hui à la réorganisation de ses paroisses. Nous sommes témoins d’une restructuration géographique et d’un nouveau maillage du territoire. Il s’agit généralement d’un regroupement de clochers autour d’une « église-mère ». Le phénomène est souvent vécu comme un repli. Les dédoublements ou les créations de paroisses sont plutôt rares et se rencontrent plutôt en milieu urbain. Des conséquences à appréhender :Cette mutation s’accompagne de fermetures de presbytères, d’abandon de locaux paroissiaux et peut s’orienter vers un partage de locaux communaux ou associatifs. Parallèlement, le personnel ecclésiastique ou laïc dédié à l’animation pastorale rétrécit comme peau de chagrin. Il doit dans le même temps prendre en charge un territoire plus vaste, une population éclatée, avec des actifs soumis aux déplacements professionnels quotidiens, des retraités mobiles ou au contraire limités par l’âge ou des conditions économiques précaires. 2 – Le sort peu enviable des archives paroissiales Face à cette mutation, la gestion des archives paroissiales apparaît comme une tâche secondaire de la charge pastorale. Le curé - canoniquement responsable des archives paroissiales - ne peut que déléguer leur gestion et son devoir de vigilance à un éventuel secrétariat ou à des bénévoles. Les risques encourus par des archives aux mains de bonnes volontés peu préparées à cette tâche sont à craindre. Les paroisses respectent habituellement les règles concernant la tenue des registres de catholicité et des pièces relevant de la gestion économique. En revanche, elles négligent trop souvent de tenir en bon ordre les traces des activités pastorales. Quant aux archives - dites historiques - leur sort est peu enviable. Alors qu’elles pourraient être remises aux archives diocésaines, elles sont abandonnées dans les greniers, détruites sans discernement, vendues, déposées chez des particuliers, en mairie ou aux archives départementales. Cet état de fait trop souvent rencontré tient essentiellement au manque de temps et de sensibilisation d’un « personnel » paroissial sans formation adéquate. Sur ce point l’attitude de l’Eglise semble en retrait par rapport à la société civile.Ceci est grave au moment justement où la mémoire des communautés chrétiennes souffre d’un manque de transmission et de lisibilité. Alors que l’on voit couramment des personnes privées, des familles, des institutions, s’attacher à leur propre mémoire, rechercher leurs racines, l’Eglise semble faire fi de ce qui pourrait valoriser son passé récent au plus près du peuple chrétien. 3 - Remarques et propositions pour une prise en compte des archives paroissiales La tenue et la gestion des archives font partie de l’administration paroissiale. Elles entrent dans la bonne gouvernance de la communauté chrétienne. Situation actuelle des divers types d’archives Les archives de catholicitéRelevant de la chancellerie, elles sont habituellement traitées à part. Elles réclament des compétences spécifiques et sont l’objet d’une vigilance particulière et d’un suivi dans l’administration des sacrements de baptême, mariage et confirmation, voire des sépultures. Les paroisses se conforment habituellement aux règles émises par la chancellerie diocésaine.
Les autres archives Le souci actuel porte essentiellement sur les archives pastorales et celles du temporel. Les premières sont souvent négligées et pourtant ce sont elles qui attestent de la vie des communautés chrétiennes. Une distinction classique préside souvent à leur repérage :
> Archives courantes pour celles qu’il est nécessaire d’avoir sous la main dans l’administration et l’animation quotidienne de la communauté ou sur le court terme. > Archives intermédiaires : dossiers clos auxquels on peut se référer pour des opérations plus exceptionnelles ou des besoins occasionnels (archives des curés précédents, devis ou travaux, anciens, testaments etc.). > Archives historiques : pièces et documents anciens susceptibles d’éclairer le passé de la paroisse, de fournir des renseignements d’importance voire des preuves pour faire droit devant des tiers. Qui est propriétaire de ces archives ? Si la paroisse est productrice d’archives et le curé, selon le Code, leur gardien, cela n’autorise en rien l’administration paroissiale ni même le curé à disposer de ce dépôt à leur guise. Vis-à-vis du droit civil, ils ne sont pas propriétaires de ces archives. Seule l’Association diocésaine répond à ce titre et peut disposer de ce bien. Rappelons en outre que ces archives restent des archives privées et ne sont soumises en rien aux règlementations des archives publiques, même s’il arrive aux autorités ecclésiastiques d’émettre des recommandations qui s’en inspirent. Si la distinction de principe entre archives publiques et archives privées est claire, la confusion est parfois entretenue innocemment ou à dessein d’un côté comme de l’autre. En effet, devant l’investissement que représente la bonne tenue d’archives privées, certains responsables d’archives s’en remettent volontiers aux professionnels des archives publiques et aux institutions qu’ils honorent. Cette ligne de conduite ne doit pas être prise à la légère. Tout dépôt demande examen au cas par cas et doit être accompagné de garanties juridiques suffisantes pour ne pas tomber sous des contrats léonins quasi irréversibles et faire l’objet au préalable d’un inventaire exhaustif.
Un service diocésain des archives Une bonne pratique dans la gestion des archives paroissiales devra donc s’articuler sur un service diocésain digne de ce nom qui garde un lien suffisant avec les paroisses pour connaître l’état des dépôts, conseiller les responsables, aider à la mise en ordre, éventuellement héberger les archives historiques qui dormiraient sur place. Les archivistes diocésains n’ont peut-être pas tous le caractère de professionnels de haut niveau, mais ils se tiennent suffisamment informés sur l’ensemble des questions du métier pour faire face à ces situations, Ils bénéficient d’une mutualisation des compétences par l’intermédiaire de l’Association des Archivistes de l’Eglise de France (AAEF) qui programme chaque année des formations à leur intention et arrive ainsi à constituer un corpus de connaissances fort utiles.
Cette compétence acquise, déjà mise en pratique auprès des bénévoles ou salariés des paroisses, pourrait être plus largement diffusée en organisant de courtes sessions destinées au personnel des secrétariats paroissiaux, soit à l’échelon du diocèse, de diocèses voisins soit au niveau de la Province.
Le père Jean, diocèse de Nantes Commission de travail sur les archives paroissiale à laquelle le diocèse de Nîmes appartient et travaille sur un guide des archives paroissiales |
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