Témoignage
Ce sont en effet 1800 étudiants qui ont été invités par les Evêques de France fin juillet à remonter à la source de leur foi, sur les pas du Christ et à la rencontre des communautés locales de cette région. Les directives nationales distribuées à chaque groupe de province nous ont permis d’éviter la lourdeur d’un pèlerinage avec 1800 participants ; cependant plusieurs temps ont été vécus tous ensemble. Notre car accueillait des jeunes de Montpellier, Perpignan et Carcassonne, pas moins de 5 prêtres dont le tout récent Père Silvestre et 4 séminaristes dont Sébastien Verdier, ce qui a permis de très beaux échanges.

Les grandes étapes d’un programme tout à fait bien pensé par nos Evêques nous ont conduits au désert du Néguev, au bord du lac de Tibériade, pour remonter enfin vers les lieux saints de Bethléem et Jérusalem.
Le désert a été une expérience fondatrice tout d’abord pour la cohésion du groupe mais surtout parce que, placé au début, il est venu nous aider à rompre radicalement avec l’occident que nous venions de quitter, rupture nécessaire pour notre recherche spirituelle. C’est dans ce désert de pierres, écrasé de chaleur du lever au coucher du soleil, que nous avons entrepris une marche de trois jours en silence, seuls, petits, dénudés… la messe sur un autel de pierres à la tombée du jour… autant de moments inoubliables.
Puis nous sommes remontés vers la Galilée, par la citadelle de Massada, la Mer Morte où nous nous sommes baignés assis tant elle est salée ! Enfin ce fut notre arrivée pour le campement, les 1800 tous ensemble, au bord du lac en face de Tibériade. C’est là que nous avons reçu l’enseignement «remuant» du Cardinal Barbarin sur les Béatitudes, dans un paysage splendide. Il nous a vivement exhortés à les apprendre par coeur, nous disant qu’elles sont la clef de voûte de tout le message du Christ, qu’elles sont le portrait du Christ. Il a prié pour qu’une béatitude se pose sur chacun d’entre nous comme un cadeau de l’Amour de Dieu. A l’appel de nos noms, il nous a invités à venir chercher une image «vocationnelle», si l’on peut dire, en ce lieu de l’appel des disciples.
Le soir nous avons rejoint les familles de Nazareth et des environs, qui devaient nous héberger, moment important des deux côtés, d’échanges et de joie partagée : pour eux, voir des chrétiens d’occident, pour nous, de mesurer combien sont difficiles leurs conditions de vie matérielles et spirituelles. La situation politique et religieuse de cette région nous a été présentée à l’occasion de deux colloques, mais on sent bien partout que c’est la guerre ; la tension est tangible. Ces personnes ont été heureuses de voir 2000 jeunes chrétiens auprès d’eux ; leur présence leur a fait oublier les murs quelques instants.
La clef de voûte de notre pèlerinage fut bien sûr la découverte de Bethléem et Jérusalem. Nous avons fait comme Jésus : nous sommes montés avec lui à Jérusalem. Bethléem avec la basilique de la Nativité, la crèche, la mangeoire, une démarche personnelle d’adoration à genoux embrassant l’étoile. Jérusalem et son ambiance de souk, un chemin de Croix dans une cohue indescriptible, une frustration dans un premier temps, le regret des prières paisibles au séminaire, puis on se fait proche de l’indifférence que le Christ lui-même a pu ressentir. Je comprends que c’est une autre façon d’être avec le Seigneur et qu’il faut être capable d’avoir une démarche spirituelle même au coeur d’un entourage agité. 
Le Jardin des Oliviers, au pied des remparts de Jérusalem, un endroit splendide, où nous avons vécu un condensé du triduum liturgique, la célébration de la Parole méditée par Monseigneur Rivière, la lecture de la Passion entrecoupée à trois reprises d’enseignements et de chants et élargie par un temps de Réconciliation où les prêtres ont été littéralement pris d’assaut par les jeunes. Puis la Messe de la Résurrection, présidée par le Cardinal Vingt-Trois, au petit matin; un lever de soleil aux dimensions cosmiques sur la grande Croix drapée de blanc dressée entre deux oliviers millénaires… On voyait concrètement la Résurrection ; c’était fort, oui… L’homélie du cardinal Vingt-Trois a été très belle, sur notre mission de jeunes chrétiens à notre retour en France.
Car on n’en revient pas le même ! L’accent a été mis sur la Parole, la méditation, la lectio divina, mais aussi sur la Parole faite chair car nous avons marché avec lui, dans ses lieux. L’intitulé « Aux sources », choisi par nos Evêques pour ce pèlerinage, m’a paru fort bien trouvé : d’une source coule de l’eau, cette eau aujourd’hui c’est la mer dans laquelle nous trempons, nous chrétiens du XXIème siècle ; si on remonte la mer, on arrive au fleuve, c’est l’Histoire de l’Eglise puis on revient à la source, mais c’est la même eau, car cette eau c’est le Christ.
C’était audacieux pour toutes sortes de raisons : l’été, le public de jeunes à rassembler, la présence de 20 Evêques nécessaire, l’endroit bousculé politiquement ; ils nous ont laissés nous colleter à toutes ces difficultés sans chercher à tout aplanir. Et ce fut une réelle réussite. Il est question de recommencer mais déjà cette initiative prépare en toute logique, car tout se tient, les futures JMJ de Madrid en 2011… « A bon entendeur salut ! »
Nicolas Germain
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